Interview de José Thérézo

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José Therezo est un homme de 64 ans qui travaille dans l’aéronautique, plus particulièrement dans la petite mécanique de précision de l’aviation à Monéteau. Il nous a accordé de son temps pour nous parler de son handicap physique et du sport qu’il pratique. Nous avons choisi de l’interroger, car on nous avait parlé de lui, ainsi que de sa classification au niveau international pour l’handibasket.  

  • Quel est votre handicap ?

J’ai été handicapé à l’âge de 2ans, ma jambe droite est amputée à 10 cm en dessous du genou, j’ai encore la flexion du genou. J’ai donc une prothèse qui me permet de marcher sur un court trajet, et une courte durée, notamment grâce à mon articulation. Sinon, je possède un fauteuil roulant. Mon handicap ne m’empêche pas d’être indépendant, je suis capable de faire beaucoup de choses, notamment conduire, sortir, faire les courses et faire du sport bien sûr. J’ai ma voiture, des enfants, un travail, je sors, je fais de la moto, je suis autonome… Ce n’est pas toujours évident d’accepter son handicap, mais après on se fait une raison. Surmonter mon handicap, c’est ce qui a fait ma force, c’est grâce à ça que j’ai eu un parcours comme le mien. Les gens, quand ils regardent un handicapé avec un regard bizarre, c’est énervant parce que dans la mesure où on n’est pas comme tout le monde, on va avoir un regard dessus et c’est très gênant.

  • Justement, vous pouvez nous parler de votre parcours ?

Alors tout d’abord, j’ai joué longtemps en équipe de France, maintenant je suis simplement en club. J’ai donc fait les championnats de France. Pour vous expliquez, il y a 4 niveaux : 1A, 1B, 1C, et 1D. Je suis allé au « chemin de France nationale 1C ». Sinon, avec mon équipe, nous avons fait 175 sélections en équipe de France, 5 championnats d’Europe où nous avons été 3 fois champions à la suite. Nous avons aussi fait 4 Jeux Olympiques, ainsi que 5 championnats du monde.

  • Et pourquoi avez-vous choisi le basket plutôt qu’un autre sport ?

Au début, je voulais faire du développer coucher, c’est donc ce que j’ai fais. Ensuite, je suis allé voir un match de basket avec des handicapés, et tout le monde se cognait, ça ne me plaisait pas du tout. Mais ils m’ont quand même fait essayer et il se trouve que j’avais comme un talent pour le basket. Je me suis assis dans le fauteuil, et j’ai joué, ça marchait tout seul. J’ai continué à m’entrainer et je ne me suis jamais arrêté. En une année, j’ai été le meilleur joueur de la Réunion, là où j’habitais auparavant. J’ai commencé environ en 1981.

 

  • Qu’est-ce qu’il vous plait dans l’handibasket ?

Je pense que tout simplement j’étais fait pour un sport collectif et non individuel.

  • Dans une équipe, pouvez-vous y intégrer des valides ?

Alors nous sommes des équipes de 5 joueurs, comme au basket pour les valides, avec 2 remplaçants. On peut intégrer dans notre équipe 2 valides maximum, mais avec qu’un seul joueur sur le terrain, donc un remplaçant. C’est notre cas, dans notre équipe nous avons un valide qui joue d’ailleurs très bien. On ajoute des valides dans les équipes, pour  qu’elles ne meurent pas à petit feu.

  • Avez-vous des règles spécifiques pour le handibasket ?

Chaque joueur a un coefficient de points, pour faire une équipe il faut un total de 15 points, et on n’a pas le droit d’avoir plus de points. Nous sommes pénalisés si on dépasse 15 points. Chaque joueur a un coefficient de point par rapport à son handicap : afin que les équipes soient équilibrées.

  • Avez-vous d’autres moyens de jouer, à part le fauteuil, au basket en tant qu’handicapé ?

Non, au basket, on ne peut jouer qu’en fauteuil roulant. Je ne peux pas marcher beaucoup avec ma prothèse, alors encore moins courir. Nous sommes donc attachés par une ceinture au niveau de la taille et au niveau des pieds.

  • Pouvez-vous facilement vous blesser ?

Oui, comme tous les sports, il y a un risque. Regardez, il n’y a pas si longtemps que ça, je me suis fait une déchirure. C’est dangereux car ça va vite, et on se rentre facilement dedans. Si on tombe, le fauteuil tombe avec, car nous sommes attachés à lui donc ça fait partie de notre corps quand on joue. C’est très physique.

  • Pensez-vous que l’handisport est assez diffusé ?

Non, pas du tout. Le handisport n’est pas mis en valeur, et il est bien trop peu médiatisé. Nous avons autant, voir plus de mérite que les valides, mais nous sommes dans un pays où tout est pour le foot, pour l’argent. Nous on fait ce sport pour le plaisir, pour la santé. Nous on a été champions du monde, mais rien n’y fait, personne ne l’a su !

  • En quelle matière est votre fauteuil ? Coûte-t-il cher ?

Mon fauteuil est en titane, c’est une matière légère et très chère. Les rayons des roues par contre, sont en carbone. On peut les plier, c’est très léger. C’est aussi très cher, pour exemple 1 rayon coûte 10 euros. Les fauteuils, pour notre niveau, coutent entre 5000 et 7000 euros. C’est beaucoup trop cher à mon goût. Moi sans l’équipe de France, qui était sponsorisée par le fabricant, je n’aurai jamais pu avoir un fauteuil comme celui-ci, on me l’a donné. L’idéal serait de changer de fauteuil tous les ans, suivant ton évolution et surtout les roues qui s’abîment et se cassent. Mais c’est bien trop cher, mais en même temps plus il est cher, plus c’est performant, c’est comme tout.

  • Pourquoi les roues de votre fauteuil sont-elles penchées ?

C’est une très bonne question, c’est justement pour éviter qu’on s’écrase les doigts, ça permet d’avoir la meilleure rotation possible.

  • Quelles sont les avantages en tant qu’handicapé de pratiquer le basket ?

Les avantages, c’est déjà de s’épanouir. Ça nous donne des objectifs et ça nous permet de se rendre compte qu’on est capable de faire des choses. Et c’est déjà nécessaire pour des valides de faire du sport, mais encore plus pour des handicapés. Et bien sur, ce sport m’a donné des ouvertures, des voyages dans le monde entier, que je n’aurais jamais pu faire.

  • Et les inconvénients ?

Lorsque l’on n’est pas professionnel, on est obligé de travailler. Donc quand on part pour le basket, on laisse notre travail, sans être payé donc on perd de l’argent, on perd des vacances… Au début c’est long.

  • Pensez vous qu’il y a eu une grande évolution au niveau du fauteuil ?

Oui, il y a eu une très grande évolution. Ce n’est pas comparable, la différence est très grande, par exemple, avant un fauteuil pesait entre 20 et 25 kilos. Maintenant le mien doit peser 9 kilos. C’est énorme.

  • Et au niveau de votre prothèse ?

Les prothèses sont réalisés en carbone, c’est donc très léger. Dans le temps, une prothèse pesait entre 7-8kg, maintenant elle pèse environ 2.5kg, donc oui c’est aussi une très grande évolution. Les prothèses sont faites sur mesure, comme un fauteuil. Il y aussi eu des évolutions au niveau esthétique, au niveau performance… C’est beaucoup plus léger et plus performant.

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